Barbier un métier d’aujourd’hui

Selon Le Grand Robert, le terme barbier est apparu vers 1220 et provient du mot latin barba

C’est au Québec que Josée Desnoyers, une pionnière passionnée par son métier de barbière, relate son histoire et celle du mythique poteau qui surplombe le fauteuil accueillant tous ses clients masculins. Pour Josée qui compte 38 ans d’expérience, un seul credo dès le début : elle veut couper les cheveux, et non pas les coiffer, et choisit le métier de barbière qui consiste, en Amérique du Nord, à couper les cheveux des hommes et à entretenir leur barbe ou leur moustache.

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Josée Desnoyers, barbière à Prévost (Québec) — Infographie : Création Romu

Les préjugés archaïques et phallocrates de l’époque prétendaient qu’une femme ne pouvait pas couper les cheveux ou raser la barbe des clients masculins. Josée effectuera pourtant deux années d’études à Montréal, avec des maîtres italiens qui tenteront de la décourager… en vain. De retour dans sa petite ville de Prévost, cette novatrice dans l’âme deviendra l’une des deux barbières exerçant son art dans les Laurentides. Sous l’œil vigilant de son superviseur, le plus vieux barbier de la ville, Josée fit ses armes, travaillant deux fois plus que dans un autre métier pour s’imposer. La présence du maître-barbier auprès de son apprentie rassurait les clients masculins et cet apprentissage permit à Josée de s’intégrer dans l’entreprise et d’être acceptée comme professionnelle digne de confiance. La mixité des salons, les cheveux longs pour les hommes et les modes ont fait évoluer le métier, durant les années 90 et 2000, mais Josée a toujours conservé son orientation première de barbière. Aujourd’hui, elle forme de jeunes recrues féminines, en leur apprenant les techniques et le stylisme liés aux coupes et barbes masculines. Les cheveux courts, les barbes et les moustaches étant de retour, les barbiers sont à nouveau à la mode. Pour souligner toute la valeur historique de son métier et sa vocation, Josée a donc décidé d’installer son poteau de barbier déniché chez un antiquaire de la ville de Québec, satisfaisant ainsi ses plus vieux clients par ce clin d’œil nostalgique et rassurant la clientèle plus jeune qui voit dans ce poteau la garantie du savoir-faire de Josée la barbière. Si la boutique du barbier était indiquée autrefois par un poteau bleu, ce sont trois couleurs qui symbolisèrent l’établissement et le métier, par la suite : le blanc faisait référence à la peau (et aux bandages utilisés après la saignée); le rouge au sang; et le bleu aux veines (et au bâton que le client tenait serré pour les faire ressortir avant la saignée). Comme le rappelle Josée, les chirurgiens-barbiers faisaient des points de suture et des saignées, et si quelqu’un avait un mal de dents, il repérait le poteau du barbier et allait se faire arracher la dent. La rotation du poteau est le dernier indice, celui de l’ouverture de la boutique. En barbière chevronnée et soucieuse de sa clientèle, Josée constate que les jeunes messieurs laissent pousser leur barbe, mais qu’ils ne savent pas que des soins sont nécessaires pour l’entretenir. Ils le découvrent lorsqu’ils viennent chez elle. Elle ajoute aussi que le métier de barbier se masculinise nettement, cette formation attirant de plus en plus d’hommes, en raison de la stabilité économique que représente la clientèle masculine : un homme vient toutes les six semaines pour sa coupe de cheveux et toutes les trois semaines pour sa barbe. Bref, Josée ne risque pas de se retrouver sur le fil du rasoir dans un proche avenir. À vos barbes, Messieurs, rasez!

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